Comment le livre s'articule ?
Le héros s’appelle Eskil. À Saltvik, son village de pêcheurs au bord d’une mer grise, tout le monde le sait : quand Eskil lance un sort, tout tourne mal. Ses runes font pleuvoir des harengs, sa magie déborde, et on le considère depuis toujours comme le cancre du village. Quand il arrive à l’Académie des Neuf Runes, l’école où les fils de rois apprennent à dompter les dragons, aucun des grands dragons ne veut de lui. Le seul qui le choisit est une petite créature de la taille d’un chat, couleur de suie, qui se proclame « Krum, le Dévoreur de Mondes » et qui est persuadée d’être un empereur. Ce duo improbable est le cœur de la série. J’ai voulu écrire une amitié entre un garçon et un dragon qui soit drôle, tendre, et qui compte vraiment, jusqu’à la dernière page.
Ce qui m’intéressait, en construisant ce monde, c’était de renverser une idée qu’on trouve souvent en fantasy : que la magie, c’est de l’ordre, de la maîtrise, des formules qu’on apprend par cœur. Dans EIRIK ESKIL, les runes obéissent, elles recopient une grande Gravure où tout est déjà écrit, et c’est justement ce qui rend Eskil si étrange. Sa magie n’est écrite nulle part. Elle ouvre au lieu de contraindre. Le premier tome, La Rune Interdite, raconte comment ce garçon que tout le monde prenait pour un raté découvre que son « défaut » est peut-être la seule chose capable de sauver le monde, et ce qu’il lui en coûte : chaque fois qu’il ouvre la porte du possible, il perd un peu de lui-même, des souvenirs, des visages, des noms. Ses amis tiennent alors pour lui un carnet, le livre des choses perdues, où ils écrivent tout ce qu’il oublie. C’est une image qui m’est très chère, parce qu’elle dit au fond ce qu’est l’amitié : rester assez longtemps à côté de quelqu’un pour se souvenir à sa place.
J’ai écrit EIRIK ESKIL pour les lecteurs de 13 à 99 ans. Les plus jeunes y trouveront une aventure, une école de magie, des dragons et beaucoup de rires. Les plus grands y trouveront des thèmes plus graves : le deuil, la mémoire, le prix des choix, la tentation de tout contrôler. Je crois que vous vous sentirez chez vous dans ce monde de fjords, de runes et de dragons qui parlent. Et si vous ne connaissez pas encore Krum, je vous préviens : il exigera d’être appelé Majesté.
Comment le livre s'articule ?
Le deuxième tome, Le Royaume des Ombres, est important car il élargit tout. On découvre que le monde n’est pas seulement gravé, il est tissé, sur un immense Métier que les dieux fondateurs ont construit puis abandonné. Un dieu effacé, masqué, sans visage, veut reprendre la navette pour réparer le monde, pour le rendre parfait, sans deuil ni hasard. Et il a besoin de la main d’Eskil pour y parvenir. Ce livre emmène la bande au-delà des cartes, dans les Terres Minces, là où les morts marchent et où les vies qui n’ont jamais été tendent la main. C’est le tome le plus sombre et le plus émouvant de la série, mais il garde l’humour, parce que je crois qu’on ne traverse bien les ténèbres qu’en continuant à rire avec ceux qu’on aime. Un troisième tome viendra clore la trilogie et répondre à la question que pose le deuxième : les Neuf Royaumes furent jadis Dix.
Autour d’Eskil et de Krum, j’ai voulu une vraie famille choisie de laissés-pour-compte. Brynja, la fille d’Eldheim dont le feu ne s’éteint plus. Liv, la métamorphe qui n’arrive jamais à devenir la forme qu’elle souhaite. Ragnvald, le prince qui renonce au sang de son père pour rester avec ceux qu’il a choisis. Chacun porte une blessure, et chacun découvre que ce qu’on lui reprochait est peut-être ce qui le rend précieux. C’est, au fond, le thème qui traverse toute la série : ce qu’on appelle un défaut est souvent une porte qu’on n’a pas encore appris à ouvrir.
[ Prochainement ]
LIVRE III — LE TISSEUR
INTRODUCTION
Les Neuf Royaumes furent jadis Dix.
.
Certaines histoires ne se terminent pas. Elles attendent. Eskil a appris que le monde n’est pas seulement gravé : il est tissé, fil après fil, sur un métier plus ancien que les dieux. Il a appris qu’on peut perdre des souvenirs, des visages, des noms. Il a appris, surtout, que certaines absences ne se referment jamais tout à fait. Mais entre les fils du monde, là où le Métier ne tisse rien, quelque chose s’est mis à bouger. Une porte attend d’être ouverte. Une voix attend d’être entendue. Et un fil que tous croyaient coupé brille encore, quelque part, dans le noir. Pour la dernière fois, Eskil devra choisir entre ce que l’on peut réparer et ce que l’on doit laisser vivre.
Le tome final de la trilogie. Là où tout ce qui a été effacé demande à revenir.